Fan-Fiction Dwarven Legacy

Réalisé par Laurent Pendarias :

  • Hé ho ! Hé ho ! On va quitter le boulot, chantonnais-je.

  • Tu pourrais arrêter deux secondes d’être une caricature de toi-même, me rabroua Gimlor.

  • C’est bon ! Ce n’est pas parce que je suis un nain que j’aime les heures supplémentaires. Jouer du piolet quinze heures par jour pour extraire de l’or, ça me suffit. Faut aussi penser à la taverne. C’est pour l’équilibre fondamental de l’univers.

  • Je t’en foutrai de l’équilibre fondamental, répondit mon camarade mineur en abattant son outil avec violence.

Du coin de l’œil j’aperçus la horde composite de mercenaires humains et de loups surgir à l’autre extrémité de la galerie.

Galaad, le nain paladin chargé de notre sécurité, fit un geste rassurant de la main :

  • Continuez de piocher. On s’en occupe.

On avait l’habitude. Pour reconstruire la cité des nains lord Borin avait décrété qu’on reprendrait nos terres ancestrales aux forces du mal. Centimètre par centimètre, qu’il avait le dit le seigneur. Du coup, les mineurs se mangeaient quinze vagues de monstres par jour. Et plus on creusait plus ça empirait. Les vieux de la taverne essayaient de nous effrayer avec leurs histoires de balrog et de golem des abysses.

  • Lucius, ne les laisse pas approcher du téléporteur.

Notre artilleur s’exécuta. Il se déplaça pour aligner un loup et son mousquet cracha un feu meurtrier.

  • En même temps, qu’est-ce ça peut nous faire ? Si un ennemi est assez bête pour marcher dans le cercle de runes il ira dans notre avant-poste et deux cents nains excités le transformeront en hachis.

  • Tu te bats ou tu racontes ta vie ? se moqua Miléna.

La jolie naine avançait sur l’ennemi avec ses deux mousquets. Le premier crachait un feu jaune qui couchait chaque cible. Le second, un artefact magique forgé dans notre temple, projetait une lumière bleue et ralentissait ses victimes.

Un loup particulièrement volumineux fut ainsi figé au milieu d’une attaque. Les soldats en profitèrent pour abattre leurs haches sur le fauve.

J’observai du coin de l’œil Galaad, engoncé dans sa lourde armure de plates qui avançait doucement, sans s’inquiéter, pour protéger un allié de son large pavois ou pour trancher un mercenaire d’un coup de son estramaçon. Notre paladin marchait avec l’assurance de celui qui va gagner et distribuait ses coups avec économie.

Et l’économie ça nous connait ! L’équilibre économique du monde reposait sur nous.

Je pensais la bataille gagnée d’avance mais je sentis que quelque chose clochait. Des éclats de lumière verte éclairaient la voute de l’autre côté de la galerie. Un troll, de neuf pieds de haut avançait au milieu des loups, écrasant indistinctement alliés et ennemis. Plusieurs soldats attaquèrent ses jambes à coups de hache mais il les tua tous d’un seul coup de massue. Miléna se précipita vers lui en faisant feu. Les balles bleues touchèrent le colosse et le ralentirent. Les artilleurs en profitèrent pour le mitrailler. Un nain plus audacieux — ou plus fou — que les autres escalada la longue tresse du monstre et lui enfonça sa hache entre les deux yeux.

Quand l’effet magique de ralentissement s’estompa, le titan resta immobile un court instant puis commença à chuter à la renverse. Le nain audacieux (je reconnus Jack, dit le « tueur de géants ») eut le temps de sauter et se réceptionna mais ce ne fut pas le cas du mercenaire humain qui vit le colosse lui tomber dessus. Ses dernières paroles furent « Et merde ! »

Miléna continua d’arroser les ennemis, prenant garde de ne pas marcher dans le cercle de pierres couvert de runes qui l’aurait renvoyé au camp. L’expression de son visage changea brusquement. J’y lus de la peur. Depuis ma position je ne voyais pas ce qui l’inquiétait : je l’entendis seulement crier « Lucius ».

Pour info, c’était son mec et Miléna mon ex. Mais je ne pense pas que cette partie de l’histoire vous intéresse, parce qu’on sera mort trente secondes plus tard, ou pire…

Je compris l’origine des éclats de lumière verte. La mer de loups enragés s’ouvrit sur une sorcière racornie, avançant péniblement en s’appuyant sur son sceptre surmonté d’un globe lumineux. Et avec elle, marchaient les corps décharnés de nos frères tombés au combat.

Une nécromancienne.

Elle avait tué et ranimé sous forme de zombies les nains de l’équipe d’éclaireurs. Galaad, notre paladin, sentit le danger et se tourna vers nous, les simples mineurs pour nous ordonner d’agir :

  • Changement de programme. Venez vous battre. Collez vos piolets dans la gueule des humains. On se charge des gros.

  • Ha enfin ! s’exclama Gilmor. Ca faisait bien une semaine que je n’avais pas démoli un monstre.

Il quitta le mur et courut vers son première adversaire pour lui planter son outil dans la poitrine. Sont fragiles les humains ! Je ne comprendrai jamais pourquoi ils acceptent de travailler pour les forces du chaos.

Trente mètres plus loin, Miléna virevoltait en tirant mais reculait car la masse des morts vivants ne faisait que croître. Chaque nain perdu par notre camp venait grossir l’armée adverse. Même Galaad semblait peiner. Il bougeait plus vite et je le voyais suer sous sa lourde armure.

Protégée par un cercle de squelettes chevaliers, la nécromancienne avançait en ricanant. Sa voix aigüe et perçante traversa le tumulte de la bataille comme une lame de glace :

  • Hi ! Hi ! Hi ! Vous les nains croyaient à l’équilibre. Mais ce n’est pas le sens de notre monde. Vous ignorez l’asymétrie : la mort finit toujours par triompher de la vie. Ni votre courage, ni votre magie ne pourront empêcher l’inexorable.

Un squelette arracha ses mousquets des mains de Miléna. Elle le repoussa d’un coup de pied et chuta en arrière. Affolée, elle se releva, fit volte-face et quitta le champ de bataille en courant. Je trouvai cette attitude décevante mais pas vraiment incohérente. Notre troupe comptait cinquante âmes ce matin et nous n’étions plus que sept.

  • Je sens qu’on ne rentrera pas du boulot… me dit Gilmor.

Je me tournais pour lui répondre et m’interrompis : trois pouces de métal dépassaient de sa poitrine et un filet rouge coulait de ses lèvres.

Six.

La mer d’ennemis nous submergea. Je me débattais en cognant avec mon piolet sans réfléchir.

  • Viens là, dit Galaad en me chopant par le col.

Les mâchoires d’un loup géant claquèrent dans le vide. Pas le temps de dire merci : le paladin me sauva la vie cinq fois en l’espace de dix secondes. Il faisait obstacle de son corps et empêchait les projectiles de m’atteindre. Et moi j’étais censé couvrir ses arrières. Mon outil explosa trois cervelles de zombies à la suite. Je jetais des coups d’œil au téléporteur, à cinq mètres. Il me suffirait de sprinter pour quitter la bataille et sauver ma peau.

Et laisser Galaad seul ?

Je crois que notre paladin était le dernier nain debout. Malgré les hampes de flèches qui dépassaient de son armure et les filets de sang qui maculaient ses vêtements, il continuait de frapper avec force les adversaires qui se dressaient sur son chemin.

La nécromancienne lui fit face :

  • Hi ! Ridicule nain ! Tu rejoindras bientôt mes troupes. L’équilibre n’est plus en votre faveur.

Galaad lâcha son trop lourd bouclier, planta son estramaçon dans le sol et tomba sur ses genoux.

Non ! Pensais-je. Tu ne peux pas abandonner maintenant.

La troupe d’ennemis sembla se calmer quand la sorcière leva son sceptre maléfique. Sa lumière verte emplit les moindres recoins de la galerie.

  • Le démon saura me récompenser pour…

Tout à savourer sa victoire, la nécromancienne ne vit ni les runes du téléporteur s’illuminer d’une douce couleur bleue ni la silhouette de Miléna apparaître en courant…

tenant deux mousquets pointés sur la tête de la sorcière.

  • Equilibre-moi ça !

Le double tir fit exploser la cervelle de la nécromancienne sur une dizaine de mètres. Galaad se releva aussitôt, empoigna son épée à deux mains et découpa d’un seul geste le mur d’ennemis figé devant lui.

Et le combat reprit !

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